J’ai longtemps cru que je serais inventeur d’idées. La vie m’a conduit ailleurs, dans le monde rigoureux de l’expertise-comptable, où j’ai pourtant choisi de m’attacher aux êtres plutôt qu’aux chiffres, nourri en secret par l’art, la littérature et la philosophie. L’écriture, présente dès l’enfance puis abandonnée, m’a retrouvé au sortir d’une épreuve décisive, comme une liberté reconquise. Ce livre est né de cet élan : un chemin de pensées, de souvenirs et de voyages, pour enfin donner forme à tout ce qui cherchait à vivre en moi.
Je travaille de midi à minuit, pas mal pour quelqu'un qui ne sait ni lire, ni écrire, seulement épeler.
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Ayant dépassé les saisons pressées, je marche désormais à mon rythme : libre comme l’air, léger comme un trait d’esprit, et toujours prêt à m’émerveiller de la beauté qui, elle, ne vieillit jamais.

La Naissance du Vide est un roman ample, intense et hybride, qui suit la chute, la fuite puis la possible renaissance d’un homme rongé par le nihilisme et la destruction. C’est un voyage intérieur où le chaos du monde devient le miroir de son propre gouffre. Kep, génie stratégique mais âme brisée, entreprend de détruire méthodiquement tout ce qu’il touche… avant de rencontrer, peut-être, une ultime chance de rédemption.
Le récit explore la descente aux enfers d’un homme riche et brillant, mais vidé de toute raison de vivre. Kep traverse le monde moderne — finance, politique, relations humaines — comme un prédateur lucide qui manipule, corrompt, sabote, en quête d’une chute qui donnerait enfin un sens à sa mort annoncée. Puis l’histoire bascule : l’amour, la nature, la musique et le voyage deviennent, peu à peu, des forces de transformation. Au fond, c’est l’histoire de la destruction, de la culpabilité, d’une quête de sens, et d’une renaissance possible.
L’univers du roman se déploie autour du vide existentiel et du nihilisme contemporain, mais aussi autour du pouvoir — sa séduction, sa corruption — et des mécanismes de manipulation, qu’ils soient financiers, psychologiques ou politiques. La philosophie y affleure (Sartre, Nietzsche, Kant, Montaigne), tout comme la musique, envisagée comme un langage de l’âme (blues, rock, Mozart, le club des 27). La mythologie et la symbolique initiatique (Dante, Ovide, légendes amérindiennes) accompagnent un voyage dans l’Ouest américain, sur fond de rédemption fragile et incertaine, et d’un amour qui peut sauver — sans jamais forcer.


La naissance d’un vide
Kep fixait les lumières de Boston depuis la terrasse de son penthouse, un verre de whisky à la main. Il n’avait même pas allumé le cigare posé à côté de lui. Pas par souci de santé, il ne croyait pas assez à son avenir pour ça, mais parce qu’il avait oublié à quoi bon le fumer. Le vent léger faisait trembler les voiles des gratte-ciels voisins, et les bruits lointains de la ville semblaient s’accorder à l’immense vide qui régnait en lui.
C’était un soir où tout le monde aurait dû se sentir heureux. Après tout, Kep était l’homme qui avait tout. Une carrière florissante bâtie sur rien, un appartement à couper le souffle, des vacances dans une villa de Cap Cod où l’océan s’étendait jusqu’à l’infini. Tout cela grâce à quoi ? Une série de décisions intuitives qui avaient toujours payé. Pas d’échec, pas de regrets... et pourtant, aucune fierté. Il se remémora un dicton qu’il avait entendu dans un livre audio sur la philosophie de vie, un de ces trucs qu’il écoutait pendant qu’il courait sur son tapis roulant :"Les deux plus beaux jours de la vie d’un homme sont le jour de sa naissance, et celui où il découvre pourquoi. « C’était là tout le problème. Kep n’avait jamais trouvé ce pourquoi.
Son premier jour, il ne s’en souvenait évidemment pas. Mais il imaginait que c’était une journée banale, dans un hôpital banal, avec des parents moyens et quelques infirmières qui s’émerveillaient peut-être devant ses cheveux noirs ou sa petite taille. Quant au second jour, celui où il aurait dû comprendre la raison de son existence, il avait le désagréable sentiment qu’il avait raté. Pas qu’il n’ait pas cherché. Pendant des années, Kep avait cherché un sens dans la réussite. Son premier million lui avait donné une euphorie de trois jours. Le deuxième, une soirée joyeuse. Le dixième, un haussement d’épaules. Ensuite, les millions s’étaient empilés comme des chips dans un bol : agréables, mais fades, et absolument incapables de combler ce qu’il avait ressenti depuis l’enfance une impression d’inadéquation.
Il leva son verre en direction des lumières de la ville. "Je suis né. Check. Et je suis riche. Double check. Mais pourquoi ? Allez, Boston, donne-moi une raison. "Boston ne répondit pas. Elle ne le faisait jamais. En bas, la ville vivait, respirait, grouillait d’activité. Dans son monde, tout semblait bruyant et plein de sens. Ici, à vingt étages au-dessus, tout était propre, silencieux et aseptisé. Un univers parfait pour quelqu’un comme lui : un homme qui se sentait comme un spectateur dans sa propre vie. Ce soir-là, Kep décida qu’il ne vivrait pas jusqu’à la fin de l’année. Il n’y avait plus rien pour lui ici, rien à gagner, rien à prouver, rien à réparer. Mais mourir... mourir avec ce vide était insupportable. Non. Pour pouvoir sauter de ce balcon avec le sourire aux lèvres, Kep devait d’abord devenir un homme qu’il haïssait. Un homme qui méritait de mourir.
Devoir se salir les mains pour enfin trouver le courage de disparaître. Mais pour Kep, c’était logique Il ne voulait pas mourir comme un homme trop bon pour ce monde. Il voulait partir en hurlant : "Bon débarras !"
Le disque se mit à sauter sur une rayure, un tic-tic-tic agaçant qui rompait l’harmonie. Kep se leva pour poser doucement l’aiguille sur une autre piste. Les premières notes de What’d I Say jaillirent des enceintes, joyeuses, presque provocantes. Le contraste lui arracha un sourire cynique."Toi, Ray, tu as le droit de chanter ça. Moi ? Si je dis what’d I say, personne n’écoute. « Le blues lui donnait l’impression d’effleurer une vérité qu’il n’arrivait jamais à saisir. C’était comme regarder un tableau à travers une vitre couverte de buée : il savait qu’il y avait quelque chose de magnifique, mais ça lui restait inaccessible. Derrière lui, le tourne-disque tournait doucement, crachant une mélodie familière : Ray Charles, toujours Ray. Ce soir, c’était What’d I Say. Les notes joyeuses faisaient danser une lumière fantomatique dans la pièce, mais Kep ne bougeait pas. La musique résonnait en lui comme un écho ironique, une vie qu’il ne comprenait pas mais qu’il enviait.Le blues l’apaisait. Pas seulement pour son rythme ou sa mélancolie élégante, mais parce qu’il racontait des histoires de luttes qu’il n’avait jamais connues. Ray, Marvin, Aretha… eux, ils avaient quelque chose à dire, quelque chose qui transcendait leur douleur. Kep, lui, n’avait que ses chiffres et ses regrets.

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